top of page

Le développement personnel et son injonction au bonheur

“L'injonction au bonheur s'accompagne de l'idée selon laquelle nous sommes tous capables de bonheur si seulement nous savons activer de la positivité. Cela crée donc une nouvelle forme de responsabilisation des individus, qui sont désormais responsables et coupables de se sentir heureux ou malheureux.” Extrait d’une interview de la sociologue Eva Illouz


Aujourd’hui, plus qu’il n’y en avait il y a 10 ans, nous voyons émerger un large panel de praticiens du bien-être, du mieux être et de la santé holistique.


Coaching, hypnose, sophrologie, massage, reiki, kinésiologie, méditation, yoga, chamanisme, art-thérapie, et bien d’autres...


Ce sont des personnes qui se sont formées, qui ont étudié, pratiqué, approfondi, mis en place, des pratiques, des concepts ou des activités qui permettent de vivre plus en accord avec qui nous sommes, une vie au plus près de nos aspirations, plus juste pour notre “être intérieur”.


C’est merveilleux, non ? Autant de personnes qui œuvrent avec tout leur cœur et toute leur âme pour aider les autres à être plus heureux.


On pourrait se dire qu’il était temps que l’on prenne un peu plus en considération l’humain. Il était temps que le focus soit un peu moins sur la consommation et le capitalisme et un peu plus centré sur l’être.


Alors comment se fait-il que nous soyons confronté à de telles dérives ?

Comment se fait-il qu’une démarche visant à accompagner vers le mieux-être inquiète les sociologues et culpabilise les plus souffrants ?


Voici mon avis sur la question, et il n’engage que ma carte mentale. Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité absolue (d’ailleurs existe-t-elle vraiment?).


Je suis moi-même l’une de ces praticiennes engagées sur le mieux être. Personnellement, j’utilise le coaching, la sophrologie, la méditation et l’art-thérapie dans mes pratiques.


Alors, vous penserez peut-être que je suis ici pour prêcher pour ma paroisse.

Pourtant, je ne souhaite que partager mes impressions.


A mon sens, le développement personnel est un outil parmi d’autres pour mieux se connaitre, mieux se comprendre.


Il soulève des questions telles que :


Qui suis-je au delà des apparences ?

Quelles sont mes valeurs profondes ?

Quelles sont mes aspirations dans la vie ?

Comment je fonctionne ?

Qu’est-ce qui me fait vibrer ?

Qu’est-ce qui est important pour moi ?

De quoi ai-je besoin ?

Quelles sont mes ressources pour m’en sortir face aux difficultés de la vie ?


On se tourne généralement vers le développement personnel lorsqu’on réalise que ce que l’on vit ne nous convient pas.

Lorsque nous manquons de confiance en soi, lorsque nos relations avec les autres ne nous épanouissent pas, lorsque nous ne sommes pas satisfait de notre travail. Tout simplement, lorsque nous ne nous sentons pas bien dans notre vie.


Nous cherchons alors un sens à ce que nous vivons et une façon de vivre d’autre chose, de vivre autrement.


Il y a 10 ans, le message était nouveau et louable :

"Le bonheur est à la portée de tous."


Aujourd’hui, nous l’entendons tous les jours, à tous les coins de rues (ou plutôt à tous les coins de facebook/instagram). Les praticiens (qui sont aussi des personnes qui ont besoin de gagner leur vie pour manger, comme nous tous) doivent :

1.Montrer qu’ils existent

2.Se démarquer de la concurrence devenue rude

3.Faire la démonstration de leur savoir-faire


Conséquence ? Une overdose de parole d’évangile sur le bonheur.


Vous n’en pouvez plus d’entendre que le bonheur ne dépend que de vous. Surtout quand vous êtes dans le creux de la vague et, plus encore, si vous y êtes coincé depuis si longtemps que vous ne voyez plus comment en sortir.


Les praticiens qui vous délivrent tout un tas de trucs et astuces pour vous sentir mieux n’ont qu’un objectif : vous aider.


C’est l’unique raison pour laquelle ils font ce qu’ils font.


Mais nous sommes sur Facebook.


Et on ne peut pas délivrer des années de formations, de théories, de concepts sur un post de réseau social. Du coup, le message est vulgarisé.


Il est véhiculé, partagé, propagé en perdant de sa subtilité. Il perd de ses nuances.

Il peut en devenir culpabilisant.


Non pas par la faute de quelques praticiens en particulier mais par la masse d’informations partagées par tous.


Et le travail sur l’acceptation et la compréhension de ses émotions, devient de la “gestion de ses émotions” comme s’il fallait “contrôler” la colère, la peur et la tristesse.


Et la psychologie positive, qui permet de mettre en avant les choses dans nos vies qui sont agréables, celles pour lesquels nous sommes reconnaissant, devient du positivisme où il faut voir le positif dans toute chose.

OUI, on peut tirer un enseignement de toutes les situations mais NON, on est d’accord, ça ne les rend pas positive, surtout lorsqu’elles sont douloureuses !


Et la quête de sens qui permet de comprendre les choses que nous vivons devient une recherche pressurisante de sa “mission de vie”.


Spoiler alert : Votre mission de vie, c’est d’expérimenter la vie.


Vous n’avez pas besoin d’un travail spécifique pour ça. Vous n’avez pas besoin de vous mettre une pression de 10 tonnes pour trouver LA bonne voie pour vous. Celle qui est définitive et qui vous enfermera pour les 30 prochaines années.

Et si vous avez l’impression d’avoir une mission, c’est merveilleux. Et ça l’est tout autant si vous n’en avez pas ou si vous n’en avez pas encore identifié.


L’important c’est d’être en chemin.


Pour moi, le message du développement personnel et de toutes les pratiques qui gravitent autour, CE N’EST PAS d’être heureux à tout prix.


Le message c’est celui ci :


Ouvrez votre conscience. Sortez du pilotage automatique où vous avancez dans votre vie comme si elle était tracée d’avance pour vous. Et posez vous des questions.


Demandez vous si ce que vous vivez vous convient.

Demandez vous si vos besoins sont respectés.

Demandez vous comment vous allez (comment vous allez vraiment, à l’intérieur).


Ecoutez votre corps et les messages qu’il vous envoie, notamment en apprenant à reconnaitre vos émotions quand vous les ressentez.

Ecoutez votre corps quand il vous dit qu’il n’en peut plus parce que ça signifie que ce que vous vivez n’est pas calibré avec ce que votre corps peut endurer.


Chaque fois que vous ressentez quelque chose, cela signifie quelque chose sur ce que vous être entrain de vivre.


Le développement personnel permet de mieux écouter ce qu’il y a déjà en vous.


La tristesse est une émotion qui doit être vécue et qui nécessite de se replier sur soi pour se réparer.

La colère est une émotion qui se ressent et qui nécessite de réclamer plus de justice pour soi (et ça ne passe pas forcément par la violence)

La peur est une émotion qui doit être écoutée pour ajouter de la sécurité dans ce que vous faites.

Le dégout vous permet de protéger votre amour propre.

Et la joie permet d’identifier les situations que l’on peut reproduire à l’infini.


On ne peut pas être sans cesse dans la joie. Nous sommes des être cyclique.

Il n’est pas question d’être heureux en permanence.

Il est question d’être ouvert à toutes nos sensations d’être humain et d’y apporter une réaction en fonction du message qu’elles nous transmettent.


Quel est votre opinion sur le développement personnel ?

Mon approche vous parle-t-elle ?


S’il y a des sujets que vous souhaiteriez voir être détaillé, n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.


Chaleureusement,

Aurélie